Placement familial

Service Hospitalier de Soins en Famille d'Accueil

1884 ! Déjà plus de cent quinze années que la Province de Liège décida, sur proposition du Gouverneur Pety de Thozée de créer à Lierneux une « colonie d'aliénés ». Plus d'un siècle donc, où bien des choses ont changé. Et pourtant, ce service est toujours là, bien vivant. Le « Placement familial » accueille encore à Lierneux près de 130 malades ou handicapés mentaux justifiant des soins en psychiatrie. Il les accueille, les soigne au sein de familles : des personnes, comme vous, comme moi qui acceptent de vivre au quotidien auprès de celui que la maladie a fait totalement autre, différent.

Plus de quatre-vingts familles d'accueil se trouvent ainsi réparties sur différentes communes : Lierneux bien sûr mais aussi Trois-Ponts, Stoumont, Aywaille, Ferrières, Manhay, Vielsalm, Houffalize et Gouvy. Pour promouvoir ces soins, une équipe multidisciplinaire (médecins, infirmiers et aide-soignants, assistante sociale, psychologue et divers paramédicaux) s'attache à ce que j'aime appeler une « psychiatrie citoyenne ». Il y a d'abord la personne en souffrance, il y a bien sûr le professionnel, et il y a la famille d'accueil : des gens « comme tout le monde », et c'est justement ce « comme tout le monde » qui fait la singularité de ce système de soins, qui en constitue la réelle qualité.

On peut souffrir à tout âge, tout comme on peut à tout moment porter soin, prendre le souci de l'autre. Beaucoup de nos patients hébergés sont âgés de plus de 60 ans (plus de 38 %), car ils viennent au placement familial après un long périple en psychiatrie, un itinéraire plus que difficile qui les a finalement portés à l'exclusion. Peut-être aussi parce qu'ils y trouvent ce lui leur a jusqu'ici fait défaut : un milieu encadrant, des repères mais non institués comme tels. Des repères où culture et nature se conjoignent. Un milieu de vie n'est, bien sûr pas exempt de défauts : c'est parfois même là, à ce point que le système se révèle réellement thérapeutique. Quand deux manques se rencontrent, et quand on peut y construire une vraie solidarité. C'est le rôle, la responsabilité de l'équipe soignante de marier au mieux ces manques, de les rendre soignants, source de vie pour chacun. Nos familles d'accueil ne sont pas toutes jeunes. Plus de la moitié d'entre elles sont des « retraités » qui ont trouvé là une tâche d'utilité publique, qui font action sociale, en soignant la différence. Sans omettre la difficulté, parfois la lourdeur de la charge, elle reste d'un enrichissement partagé dans une solidarité qui ne va jamais à sens unique. Il est bien de voir que l'on peut, que l'on sait encore donner.

Le placement familial est un curieux traitement où l'hôpital se voit continuellement ouvert à la vie sociale d'une région, d'une commune, d'un village, d'une famille. On se soigne, on prend souci l'un de l'autre dans le partage des joies et des peines, dans les grands événements de la vie comme dans les tout petits du quotidien. C'est une alternative ouverte pour ceux qui n'ont bien souvent plus d'autres horizons que les grandes institutions, les homes ou les maisons de soins : là où tout est géré, décidé pour celui qui y rentre. Alternative ouverte donc, vivante d'une relation où chacun donne, comme il le peut, un petit bout de son temps, de ses actes, de sa disponibilité.

Le service est « vivant », dans toute l'acception du terme. Les candidatures, pour les malades et pour les familles d'accueil se poursuivent. Des jeunes, mais aussi de moins jeunes tentent encore cette aventure. Elle reste organisée par toute une équipe soignante qui garde sa pertinence dans la psychiatrie contemporaine. Un service vivant est un service en mouvement. Il lui faut sans cesse s'organiser, négocier son devenir car on ne soigne plus en 2001 comme au XIXème siècle. Il lui faut des soutiens, des appuis en ces temps où les discussions vont plutôt vers la contrainte de l'économique au détriment des valeurs d'humanité. Il est remarquable que le « placement familial » de Lierneux soit le seul service de ce type en région francophone. Institué par un service public, il lui renvoie quotidiennement ce qui fait sa qualité : servir le public, encourager les relations, la circulation de la parole et de l'échange dans des tranches d'âge multiples. Dans l'accueil de la personne différente en souffrance, il pousse à une réelle solidarité.

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jeudi 11 mars 2010

Toute l'histoire du CHS dans un nouvel ouvrage

A l'occasion du 125e anniversaire du CHS, un ouvrage intitulé "De la Colonie wallonne d'aliénés au Centre hospitalier "L'Accueil" de Lierneux 1884-2009" a été publié.


07/07/2009
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